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Quelques réflexions sur les élections au Parlement européen de mai 2019

Du 23 au 26 mai derniers avaient lieu les 9èmes élections du Parlement européen depuis la première au suffrage universel direct organisée en 1979.

 

Ces élections sont le second plus grand exercice démocratique mondial après les élections indiennes : 28 pays, 751 députés européens à élire pour représenter plus de 500 millions de citoyens, des dizaines de listes dans chaque pays (pas moins de 34 en France)…

 

Dans le tumulte incessant de la politique et de l’actualité, ces élections européennes semblent déjà loin derrière nous.

 

Mais il est essentiel de bien comprendre ce qu’il s’est passé à la fin du mois dernier pour saisir les enjeux actuels autour de la nomination aux postes clés dans les différentes institutions européennes et le futur fonctionnement de l’instance parlementaire.

 

 

Quels sont les enseignements à tirer de ces élections européennes ?

 

  • Malgré les bons scores des extrèmes populistes dans plusieurs grands pays (le Rassemblement national fait plus de 23% en France, la Lega italienne près de 35%, l’AFD en Allemagne a rassemblé 11% des électeurs), le Parlement européen reste majoritairement composé d’élus en faveur de la construction européenne et non de sa « déconstruction ».

 

L’équilibre des forces reste autour des 2/3 – 1/3 et la poussée eurosceptique qui avait été un temps annoncée n’a pas eu lieu.

 

D’autant plus qu’avec l’éclatement des forces populistes entre plusieurs groupes parlementaires, en particulier à la droite de la droite, cette masse d’élus eurosceptiques ne pourra pas résorber son déficit d’influence au cours de la prochaine mandature.

 

Ainsi, les négociations ont été intenses pour constituer une grande alliance des populistes de droite, mais les contacts pris notamment entre le groupe ID (anciennement ENF), constitué en grande partie de la Lega italienne et du Rassemblement national français, et les députés du Brexit Party mené par Nigel Farage n’ont pas été concluants.

 

 

Il leur manque en effet un peu plus d’une quarantaine de voix pour poursuivre la coalition classique qui a dominé le jeu parlementaire européen depuis l’origine.

 

Le jeu d’alliances est donc beaucoup plus ouvert et il faudra nécessairement organiser une coalition d’au-minimum trois partis pour pouvoir voter les propositions législatives.

 

Dans cette configuration, le groupe libéral anciennement ALDE, aujourd’hui Renew Europe, avec ses presque 110 membres, qui vient d’être gonflé notamment par l’arrivée des députés macronistes de la liste Renaissance, joue naturellement le rôle de faiseur de rois. Il faudra également compter sur le poids du groupe des Verts, qui effectue une percée pour se placer en 4ème position avec 75 membres.

 

Si l’on ne connait pas encore les termes précis d’un tel contrat de coalition entre les forces progressistes, ce nouvel équilibre rendra nécessairement l’institution parlementaire plus instable et l’on devrait voir se multiplier sous la prochaine mandature des configurations de vote transgressant les lignes politiques. Un bel exemple de ces situations mouvantes nous avait été donné il y a quelques mois à l’occasion du vote sur la directive Droit d’auteur, pièce législative essentielle au développement du marché unique numérique qui avait fait l’objet d’un lobbying intense et de postures de vote transpartisanes.

 

Le groupe Renew Europe, avec l’extrême diversité des membres le composant, sera ici au centre de l’attention et la tâche de son nouveau président, l’ancien Premier Ministre roumain Dacian Cioloş, de maintenir l’unité du groupe lors des votes, semble particulièrement ardue.

 

 

En effet, certains groupes ont, en proportion, plus profité que d’autres de la participation britannique et seront donc nécessairement plus impactés lors de la sortie du Royaume-Uni de l’Union, au 31 octobre 2019 au plus tôt : à titre d’exemple, les bons scores des Libéraux-Démocrates britanniques, avec l’envoi de 17 députés à Strasbourg, font de cette délégation la seconde plus importante après la délégation française au sein du groupe Renew Europe. A l’opposé, le centre-droit PPE ne sera pas attristé par le départ des députés conservateurs, ces derniers siégeant dans le groupe des Conservateurs et Réformistes européens.

 

La nomination prochaine, à la fin du mois de juillet, d’un nouveau Premier Ministre issu des rangs des Conservateurs sera un premier renseignement sur le sort réservé au Brexit dans les prochains mois et, ultimement, des députés européens britanniques.

 

 

Quel poids pour les députés français dans le futur hémicycle ?

 

  • De manière globale, la mandature sortante a fait l’objet d’un large renouvellement : lors de la première session plénière de juillet, il y aura près de 450 nouveaux députés dans l’hémicycle et moins de 300 députés sortants.

 

C’est le cas également pour la délégation française, de nombreux députés expérimentés ayant pris leur retraite politique ou n’ayant pas été réélus. L’on pense ainsi à Pervenche Bérès, figure des socialistes européens français et spécialiste des questions économiques et financières, à  Alain Lamassoure, à Jean Arthuis, à Isabelle Thomas, qui avait piloté les travaux parlementaires sur le prochain cadre budgétaire pluriannuel, ou encore à Franck Proust qui s’était montré à son avantage lors des récents travaux sur les Investissements directs étrangers.

 

L’acculturation au fonctionnement et aux jeux politiques internes au Parlement européen ne peut pas s’acheter et il faudra donc que tous ces nouveaux députés prennent leurs marques et fassent leurs preuves avant de pouvoir requérir de plus amples responsabilités et des postes clés.

 

  • Dans les premiers jours de négociation après les élections, c’est d’ailleurs les députés qui entament un nouveau mandat qui ont pu tirer leur épingle du jeu. Ainsi, Arnaud Danjean, spécialiste des questions de défense et de sécurité, a obtenu un poste de vice-président du groupe PPE alors que la délégation française des élus Les Républicains ne comprend que 8 membres et ne constitue que la 6ème délégation du groupe.

 

De même, pour le nouveau groupe libéral Renew Europe, le député Dominique Riquet a capitalisé sur son expérience de deux mandats consécutifs et le poids de la délégation française au sein du groupe parlementaire pour obtenir un poste de Vice-Président.

 

Les tractations continuent intensément entre les groupes politiques pour répartir désormais les députés dans les différentes commissions parlementaires et élire ensuite les présidents et vice-présidents de ces commissions. On devrait là aussi voir les députés français avec une certaine expérience et expertise du jeu parlementaire accéder à des postes à responsabilité : on pense par exemple à Karima Delli, présidente sortante de la commission des Transports, ou à Pascal Canfin, que l’on promet à la présidence de la commission de l’Environnement.

 

Réponse à l’issue de la première session plénière se tenant du 2 au 4 juillet prochains…